Sauvegarde des Palmiers – Hyères

Beauveria : produit miracle ou poudre aux yeux ?

juin 21, 2018 in non-classe by fasanch83400

Pour mener des luttes collectives massives, généralisées et simultanées sur l’ensemble du littoral méditerranéen, qui sont seules capables de permettre de lutter contre le charançon rouge (CRP) et de sauver les palmiers, nous avons besoin de produits insecticides efficaces et respectueux de l’environnement. Nous l’avons déjà écrit plusieurs fois.
De telles luttes collectives ont été organisées dans le Var par la Cavem à l’initiative de Propalmes83, et dans plusieurs communes des Alpes-Maritimes à l’initiative de la Ville de Vence et de l’association Les Palmiers du Pays Vençois. Dans les deux cas ce sont des responsables politiques en charge de l’Environnement, convaincus de la nécessité d’aller vers le « zéro phyto chimique » qui ont accepté des traitements par injection d’un insecticide chimique dans le stipe du palmier car susceptible de donner les meilleurs résultats et un impact acceptable pour l’environnement.
Le service Environnement de la Cavem a pu constater fin décembre 2017 un taux d’échec inférieur à 1,5% sur 2701 palmiers traités par injection et suivis depuis juin 2016 !
Les propriétaires de palmiers sont, bien entendu, les premiers demandeurs d’un traitement insecticide biologique équivalent qui soit respectueux de l’environnement, en particulier envers les abeilles, au moins aussi efficace et dont le coût d’application serait le plus bas possible. Mais ils n’acceptent pas qu’on leur raconte n’importe quoi à propos d’insecticides biologiques présentés comme solution miracle par les sociétés qui les commercialisent et par des politiciens qui, en raison de leur dogmatisme contre les produits chimiques de synthèse sont responsables d’une catastrophe environnementale et patrimoniale qui aurait pu être évitée.

Le Beauveria bassiana : champignon miracle pour sauver les palmiers ?
Le manque de connaissances dans le domaine du traitement contre le CRP de certains services communaux et de certains décideurs politiques qui refusent le débat scientifique, les rendent vulnérables à tous les discours mercantiles de professionnels qui voient avant tout dans cette catastrophe un moyen de faire du business que ce soit avec le Beauveria bassiana (Bb), ou le piégeage massif qui ne permettront pas de faire régresser la population de CRP mais pomperont inutilement les finances locales.
Un insecticide, qu’il soit d’origine biologique ou chimique, reste un insecticide ! Il est sélectionné pour son mode d’action, sa capacité à tuer des insectes cibles, son mode d’application et le degré de risques qu’il peut présenter pour les humains (personnes présentes ou professionnels applicateurs), pour les insectes non ciblés et en particulier les pollinisateurs dont les abeilles, pour l’environnement (milieux, faune et flore).
Or pour nous faire croire qu’on aurait enfin trouvé le produit miracle et pour justifier l’incurie de la Ville de Nice dans la protection de ses palmiers Phoenix canariensis patrimoniaux (que nous avons déjà dénoncée à plusieurs reprises) nous assistons à un battage médiatique de la part des sociétés Arysta/Vegetech et de la Ville de Nice, à grands renforts de communications et de démonstrations sur un traitement à base de Beauveria bassiana depuis l’autorisation de mise sur le marché (AMM 2180058) délivrée par l’Anses le 9 mars 2018 pour le produit ARY-0711B-01 de la société Arysta Lifescience. Il s’agit d’une formulation en micro-granulés de la souche NPP111B005 du Beauveria bassiana.
Pour bien saisir le problème posé par cette annonce tonitruante, il est nécessaire de comprendre le mode d’action du Beauveria bassiana et comment il doit être appliqué pour être efficace.
Le Beauveria bassiana, son mode d’action et comment l’appliquer :
Le Beauveria bassiana est un champignon entomopathogène filamenteux que l’on trouve dans les sols et qui parasite un grand nombre d’espèces d’insectes volants. Vous l’avez probablement déjà rencontré dans votre jardin ou en balade dans la nature. Le cadavre d’un insecte couvert de moisissure blanche : c’est lui ! La moisissure blanche c’est la muscardine ! Les spores (les scientifiques les appellent des conidies) se fixent et germent sur la cuticule et le champignon sous forme de mycélium pénètre dans le corps des insectes qu’il tue en quelques jours ou quelques semaines. La muscardine blanche se développe sur le corps de l’insecte mort et produit de nouvelles spores qui peuvent alors infecter d’autres insectes par contact. Le Beauveria bassiana peut être également efficace sur des larves ou des chenilles à condition bien sûr que ses spores puissent les atteindre. Ce champignon est étudié et utilisé depuis de très nombreuses années comme organisme de lutte biologique contre divers ravageurs, en particulier des papillons.
L’effet pathogène du Beauveria contre le CRP a été découvert il y a plus de 20 ans.
Au cours du temps, de nombreuses souches distinctes du champignon sont apparues ; elles parasitent de manière plus ou moins spécifique certains insectes. Les laboratoires isolent des souches à partir d’insectes parasités. En France, ils peuvent protéger leur découverte en les déposant à la Collection nationale des cultures de micro-organismes (CNCM) de l’Institut Pasteur. La souche NPP111B005 y est enregistrée par la société Natural Plant Protection (NPP) du groupe Arysta. La société Vegetch nous dit travailler en collaboration avec NPP sur son application contre les ravageurs de palmiers depuis 2005.
Le mode d’action de ce champignon nous permet de comprendre que pour être efficace, les spores doivent rentrer en contact avec les insectes. Concernant le CRP, il est donc indispensable que le produit contenant les spores de Bb atteignent les bases des palmes centrales qui constituent la zone de ponte des femelles de CRP sur les palmiers de plus de 2 à 3 mètres de hauteur. Pour les palmiers plus petits, l’infestation démarre en général à la base des restes de pétioles sur le tronc. Dans ce cas, il est assez facile d’appliquer efficacement le traitement mais, par contre, pour les palmiers plus hauts, l’application devient beaucoup plus problématique et même si le traitement est effectué avec une nacelle ou une perche suffisamment longue*, ce n’est pas avec la dose maximale autorisée de 300g de micro granulés par palmier que l’on peut espérer atteindre et protéger efficacement l’ensemble des sites de ponte!
*Il est à noter que dans l’état actuel de la législation, en dehors d’une expérimentation d’ailleurs très problématique, actuellement autorisée par l’Anses, l’épandage aérien, y compris par drone, de produits phytosanitaires dont font partie les micro-organismes comme le Bb, est strictement interdit en Europe et en France à moins de 50m d’habitations, de jardins ou de lieux accueillant du public. De manière générale, l’épandage aérien est interdit sauf dérogation exceptionnelle pour lutter contre des ravageurs de culture quand aucune autre solution n’existe.

Le Beauveria bassiana : innocuité pour l’environnement ?
Bien que le risque pour l’homme soit considéré comme faible, il est à l’origine de kératites et d’infections pulmonaires chez certaines personnes immunodéprimés. L’Anses (AMM 2180058) oblige les professionnels applicateurs à porter des protections respiratoires certifiées, gants et combinaisons de travail et impose un délai de rentrée de 6h (en milieu urbain, le site doit donc être fermé pendant 6h après application du produit).
Pour la faune : L’Anses (AMM 2180058) demande de respecter une zone de 5m par rapport aux points d’eau et de récupérer tout produit accidentellement répandu (à l’aspirateur sur les pelouses ?) pour protéger les oiseaux et les mammifères sauvages (curieusement les chats et les chiens domestiques ne sont pas mentionnés. Ils sont pourtant tout autant concernés !).
En ce qui concerne les abeilles :
– Arysta nous dit (communiqué de presse du 19 mars 2018) que son produit n’a pas d’impact sur les abeilles.
– L’ Anses (AMM 2180058) autorise l’emploi durant la floraison en dehors de la présence des abeilles.
– L’évaluation des pairs de l’EFSA ( l’Autorité européenne pour la sécurité des aliments) publiée le 29 octobre 2015, concernant les risques liés à l’utilisation de la souche NPP111B005 du Beauveria bassiana en tant que pesticide, mentionne page 12 que la mortalité d’abeilles exposées à certaines souches de Beauveria bassiana y compris la souche NPP111B005 a été observée et conclut qu’il existe un risque important pour les abeilles adultes.
Au stade actuel des connaissances, prétendre que la souche NPP111B005 serait spécifique du CRP et ne serait donc pas pathogène vis-à-vis des autres insectes (c’est déjà faux pour les abeilles comme l’indique l’EFSA) relève de la propagande mensongère !
Par ailleurs on voit mal comment le saupoudrage d’un palmier en fleurs, à supposer même qu’il ait lieu en l’absence d’abeilles pourrait les épargner quand elles viendront butiner juste après le traitement. L’Anses affirme néanmoins que le risque sur les abeilles est acceptable en raison de la faible dose d’application du produit. Il est pour le moins contradictoire que l’Anses juge cette dose sans risque contre les abeilles mais suffisamment efficace contre le CRP pour délivrer une AMM ! Il est très surprenant et inquiétant que ni l’agrément de la Commission européenne santé (Sanco) ni l’évaluation de l’Anses, ni les conditions de l’AMM ne tiennent compte du risque mentionné aussi clairement par l’EFSA ?
Au fait, si l’accès à la zone traitée doit être interdit pendant 6 heures et si le traitement doit être réalisé en dehors de la période de butinage des abeilles, les entreprises de traitement risquent devoir intervenir à des heures impossibles et dans des conditions de nuit qui vont encore réduire le ciblage d’un poudrage dont l’efficacité dans de bonnes conditions d’application est déjà très douteuse.
Nous sommes quand même très étonnés qu’avec autant d’exigences de précautions, pour les personnes, pour les abeilles et pour l’environnement, la classification du produit soit « Sans classement » vous comprenez ? Nous pas du tout ! mais ce n’est pas tout…

Le Beauveria bassiana : quelle efficacité pour protéger les palmiers contre le CRP ?
Arysta nous dit (communiqué de presse du 19 mars 2018** ) : « .. Appliqué à sec, il est parfaitement adapté en toute situation et en toutes saisons où son efficacité reste maximale et proche de 90%. »
L’ Anses (AMM 2180058) indique : « Efficacité du produit variable et partielle ».
Bon là l’Anses n’est vraiment pas claire ! Aurait-elle donné une autorisation de mise sur le marché à un produit dont l’efficacité ne serait pas prouvée scientifiquement, uniquement parce qu’il serait biologique? Visiblement l’Agence accrédite cette thèse puisqu’elle demande à Arysta de lui fournir de nouvelles données d’efficacité du produit pour la lutte contre le CRP avant le 9 mars 2020 ! Notons que depuis 2010, date à laquelle Vegetech a commencé à tester la souche NPP111B005, cette société n’a pas été capable de fournir de résultats d’efficacité autres que ceux qui conduisent l’Anses a considérer, aujourd’hui, cette efficacité « variable et partielle » et à demander de nouveaux résultats dans deux ans.
Visiblement aujourd’hui le bio fait aussi avaler des couleuvres, à moins que le champignon ait en plus des vertus hallucinogènes !
Cerise sur le gâteau : il faudra traiter à distance de 21 jours minimun pendant la période de vol du charançon et jusqu’à 7 applications par an ! Il est clair que, même si ce traitement était efficace, ce qui n’est vraiment pas prouvé, ce ne sera pas une solution économique pour faire traiter vos palmiers dans des conditions acceptables pour la majorité des propriétaires et que cela exclut son utilisation dans le cadre d’une lutte collective. Or la lutte collective constitue la seule solution pour sauver durablement les palmiers.
Surprenant que la société Arysta qui fait des expérimentations sur le terrain avec la société Vegetech depuis 2010 (réf. Phytoma n°655) ne soit pas en mesure de fournir en 2018 des résultats probants ! Ca fait pourtant un sacré moment qu’on en parle dans les médias : dans sa revue Rhynch’info du 6 février 2012, le réseau des FREDONs fait déjà état de la présentation orale faite par N.P.P. et Vegetech à la 9éme Conférence internationale sur les ravageurs en agriculture (CIRA); dans Nice-matin le 28 mars 2012 : un champignon à la rescousse des palmiers azuréens et niçois ; dans 20 Minutes le 4 avril 2012 : Le champignon à la rescousse des palmiers, dans Agriculture et environnement le 17 juin 2013 : Charançon rouge des palmiers : l’impasse des solutions alternatives et les déclarations se sont succédé depuis !
** Arysta dans son communiqué de presse affirme que son produit Beauveria est le seul-bio-insecticide homologué et efficace contre le CRP, ce qui est faux puisque, aujourd’hui encore, le seul insecticide biologique légalement autorisé par l’arrêté du 21 juillet 2010 modifié est un traitement bio à base du nématode Steinernema carpocapsae.

Le constat sur le terrain à Nice : les palmiers de parc du Castel des deux rois et du parc Vigier sacrifiés !
Mais en matière de miracle nous on est comme Saint-Thomas, on veut avoir des preuves pour y croire ! Depuis les expérimentations menées à partir de 2013, elles ne devraient pas manquer ! Où sont-elles? Ce que nous constatons sur le terrain, sur les lieux d’expérimentation à Nice, est très loin de cette situation « marketing » idyllique à laquelle on voudrait nous faire croire. Des preuves photographiques sur le terrain nous en avons accumulées grâce aussi à nos correspondants à Nice ! Le parc du Castel des deux rois à Nice était le premier lieu retenu pour les expérimentations suivant la réponse de Christian Estrosi au président du CMSP en date du 8 décembre 2015.

situation du parc du Castel des deux rois à Nice au 31 décembre 2016
situation du parc du Castel des deux rois à Nice au 27 janvier 2018

Nous avions déjà publié un suivi photographique et documenté de la situation fin décembre 2016 (document170102-parc-castel-des-deux-rois.pdf). En janvier 2018, soit tout juste un an après, la situation de ce parc s’est considérablement dégradée comme nous l’avions hélas annoncé. La plupart des palmiers Phoenix canariensis sont soit coupés soit infestés plus ou moins gravement, très peu sont encore asymptomatiques. La comparaison des états, au 31 décembre 2016 et au 27 janvier 2018, permet de se faire une idée précise de la dégradation irréversible. Nous avions d’ailleurs fait la déclaration au SRAL fin 2017 de cette triste situation et du danger que présentaient certains palmiers manifestement très infestés et dont les palmes menaçaient de tomber sur les enfants qui jouaient au ballon dans le parc.

Palmiers infestés parc du Castel des deux rois fin janvier 2018
Palmiers infestés parc du Castel des deux rois fin janvier 2018

Les expérimentations au Parc Vigier ont fait l’objet de communications dans différents médias dont Nice Matin du 31 juillet 2017 (Un drone pour sauver les palmiers du charançon), Le Figaro le 2 août 2017 (A Nice, un drone pour sauver les palmiers). En novembre 2017, 400 riverains et visiteurs du Parc Vigier ont signé une pétition auprès de la Ville de Nice compte tenu de la situation encore plus catastrophique des palmiers historiques du Parc Vigier. Deux photos décrivent parfaitement la situation : celle issue de Google street view en septembre 2016 et celle prise par le responsable de la pétition en date du 16 novembre 2017. On constate que dans ce parc historique où le vicomte Vigier a « acclimaté » les premiers palmiers Phoenix canariensis importés en France vers 1860, la plupart de ces palmiers plus que centenaires sont aujourd’hui coupés ou « totemisés », ces derniers sans guère d’espoir de reprise car le protocole d’assainissement adopté était erroné. C’est une perte patrimoniale considérable pour la Ville de Nice ! C’est vraiment surprenant que la société Vegetech ait reçu de l’Anses une autorisation d’expérimentation en juillet 2017 sur des palmiers que la mairie avait l’obligation légale d’assainir ou d’abattre depuis le mois de mars 2017.

situation du parc du Parc Vigier à Nice en septembre 2016
situation du parc du parc Vigier à Nice en novembre 2017

Nice s’enferme dans une position dogmatique sans issue !
Le jeudi 26 avril 2018 une réunion était organisée par la Ville de Nice à laquelle elle avait conviée la presse locale pour une présentation de sa stratégie de traitement avec le Beauveria bassiana ARY-0711B-01 de la société Arysta. Différents médias se sont faits l’écho de cette manifestation :
Un article de l’AFP de Franck Fife dans Sciences et Avenir du 26 avril : Une « solution 100% naturelle » pour sauver les palmiers niçois ?
Un article de Yann Delannoë dans Nice matin du 26 avril : « Nice déclare la guerre au charançon rouge avec une méthode 100% naturelle »
extraits : « Le Beauveria sera administré en « cure de choc » quatre fois par an, précise Jean-Michel Meuriot, expert botaniste à la mairie de Nice. Les nématodes, des vers microbiologiques qui infectent eux aussi les charançons, complètent le dispositif. »
« À Nice, première commune de France à utiliser cette méthode biologique, les travaux d’expérimentation ont eu lieu au parc Vigier et au Castel des Deux Rois. « Oui, il y a eu des pertes, pour pouvoir quantifier les choses et affiner le traitement, il faut accepter de perdre des palmiers », dit encore la scientifique. »
Plus qu’un beau discours cette phrase en dit long sur l’incompétence de la Ville à préserver son patrimoine végétal emblématique ; pour « la » scientifique et pour Jean-Michel Meuriot botaniste de la Ville de Nice, avouer qu’on a sacrifié des palmiers centenaires d’un parc historique juste pour mettre « au point » un traitement c’est tout simplement scandaleux ! et d’autant plus grave que cela conduisait, comme le montrent les photos prises, à mettre en danger la sécurité des personnes, en particulier, des enfants fréquentant ces parcs.
Notons que la Municipalité d’Hyères qui, comme la commune de Nice avait passé une convention avec les sociétés NPP/Vegetch pour des expérimentations du Beauveria pour traiter ses palmiers, a décidé en juillet 2016, compte tenu « de son expérience » de passer un accord avec la société Syngenta pour faire traiter 1000 palmiers communaux par injection d’insecticide chimique (Revive) dans le stipe du palmier et faire bénéficier ses administrés ainsi que la Communauté d’agglomération TPM du prix de 72€ttc /palmier/an qui avait déjà été obtenu par la Cavem.
Le manque total de transparence sur les expérimentations scientifiques menées avec le Beauveria bassiana et les conditions de cette AMM 2180058 délivrée par l’Anses pour l’utilisation de la souche NPP111B005 contre le CRP vont finir par jeter la confusion dans l’esprit des propriétaires de palmiers et décrédibiliser les traitements biologiques dont on aurait pourtant bien besoin ne serait-ce que pour traiter les petits palmiers ou des foyers résiduels ou isolés !
Daniel Chabernaud – Michel Ferry

PARTICULIERS, VOUS DEVEZ TRAITER VOS PALMIERS POUR GAGNER LE COMBAT CONTRE LE CHARANÇON ROUGE – VAR-MATIN

février 13, 2018 in revue-de-presse by Michel GRÉGOIRE

En dix ans, l’insecte a ravagé près de la moitié des Phœnix de Hyères. Depuis 2015, le traitement par endothérapie est jugé satisfaisant. Les particuliers doivent aussi s’engager dans la lutte
 

PAR P. POLETTO Mis à jour le 13/02/2018 à 18:38 Publié le 12/02/2018 à 17:15

En 2017, sur 58 palmiers Phœnix diagnostiqués, 15 ont pu être assainis.

 En 2017, sur 58 palmiers Phœnix diagnostiqués, 15 ont pu être assainis. Photo Laurent Martinat
Le combat n’est pas gagné. Mais les troupes de charançons rouges répandent de moins en moins « leur venin » sur les palmiers Phœnix de la cité – la bien nommée – des palmiers. Face à la contamination massive de cette espèce de plantes emblématiques – entre 2007 et 2017, 2142 Phœnix ont été diagnostiqués et 1 305 abattus -, la commune a opté, en 2015, pour la « stratégie de lutte n° 3 ».

C’est-à-dire l’application d’un produit chimique (emamectine benzoate) directement dans le stipe du palmier.
 

 

1.305 PALMIERS ONT ÉTÉ ABATTUS

À l’abord de la troisième campagne de traitement de lutte contre les larves de ce gros coléoptère (environ 3 cm de long) et ravageur de palmiers dattiers, les résultats sont considérés comme « satisfaisants » par Jean-Pierre Giran, le maire, et Élie Di Russo, adjoint à l’Agriculture et aux Espaces verts.

Ce n’est certes pas un cri de victoire. Les dommages ont été considérables ces dernières années. Il reste à ce jour 1 281 Phœnix communaux et 1 305 ont disparu du paysage. A titre d’exemple, en 2014, sur 413 palmiers diagnostiqués, 249 ont été abattus.

Depuis le lancement du traitement en injection – 420 déjà traités -, la stratégie a permis d’endiguer la dévastation. La FREDON (1), un organisme indépendant, doit d’ailleurs procéder à une évaluation à ce sujet.

 

« LES PRIVÉS DOIVENT S’IMPLIQUER »

Mais pour le premier magistrat, après le traitement des palmiers communaux, le temps est venu aux particuliers de s’engager pour la protection de leurs palmiers. Que le Phœnix, s’il ne renaît pas de ses cendres, puisse ne pas disparaître.

« Pour couvrir le maximum de territoire, les privés doivent également s’impliquer. Nous sommes parvenus à obtenir des prix plus qu’acceptables (voir ci-dessous). Il faut coordonner le public et le privé », ajoute-t-il.

 Et Élie Di Russo de préciser que « le traitement s’effectue à l’intérieur du palmier sans aucun contact avec l’extérieur » et que de nouveaux Phœnix ne seront pas implantés. La ville continue à diversifier les espèces.

1. Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles. 

 

PARTICULIERS: TRAITEMENT PRÉVENTIF OBLIGATOIRE PAR DES SOCIÉTÉS AGRÉÉES

La larve du charançon, un nuisible. La larve du charançon, un nuisible. Photo doc VM
Pour que la lutte engagée par les services de la ville d’Hyères soit efficace à long terme, il faut que les tiers – particuliers et organismes – s’engagent dans le même combat.« Si c’est pour éradiquer un foyer et que le charançon se propage ailleurs, chez les privés, cela peut réduire les efforts à néant », commentent les élus hyérois.Vous êtes donc propriétaires d’un ou plusieurs palmiers Phœnix, voilà ce qu’elle faut savoir:Etre informé. Afin d’inciter les Hyérois à traiter leurs palmiers, un plan de communication a été engagé auprès des comités d’intérêts locaux, sur le site Internet et le magazine de la ville. Des flyers ont été distribués et une action permanente d’auto-diagnostic est menée en collaboration avec le service Agriculture/Espaces verts et son référent Jean-Philippe Ferraro.Palmier contaminé: quelles obligations? L’arrêté du 21 juillet 2010 rend obligatoire l’assainissement ou l’abattage d’un palmier contaminé par le charançon rouge. Il existe alors un protocole en matière d’assainissement (application de traitement préventif) et d’abattage par une personne formée (selon également un protocole préétabli).Déclaration de foyers obligatoire. Les déclarations doivent être réalisées auprès de la direction régionale de l’Agriculture et des forêts (antenne d’Hyères au lycée agricole) ou au service Agriculture/Espaces verts en mairie (au 04.94.00.78.65)Trouver une société agréée. L’arrêté ministériel du 21 juillet 2010 impose une obligation de traiter les palmiers. Il faut préciser que la commune a signé en mars 2017 une convention avec la société Syngenta, détentrice du brevet de traitement par endothérapie (à base d’emamectine benzoate) à des prix plus avantageux que par le passé. Les listes des entreprises agréées sont disponibles sur le site www.hyeres.fr, par téléphone au 04.90.00.78.65 ou auprès de la DRAAF (draaf.pace.agriculture.gouv.fr).Quand traiter? Le traitement peut s’effectuer durant la période qui s’étend du 1er mars au 15 novembre.LE CHIFFRE:72. C’est le montant TTC en euros du prix du traitement préventif d’un palmier pour les particuliers (méthode par une substance active (emamectine benzoate) dans la tige du palmier.Ce tarif a été négocié en 2017 par la commune avec la société Syngenta. Le prix initial était de 222€ TTC à l’unité.
Il est obligatoire d’assainir ou d’abattre le palmier pour éviter la prolifération de l’insecte.Il est obligatoire d’assainir ou d’abattre le palmier pour éviter la prolifération de l’insecte. Photo Laurent Martinat

« IL FAUT ÉTABLIR UNE CARTOGRAPHIE DES PALMIERS » À HYÈRES – VAR-MATIN

août 23, 2016 in revue-de-presse by Michel GRÉGOIRE

Soll Sanchez, le référent du Collectif méditerranéen pour la sauvegarde des palmiers, a adressé une lettre ouverte au maire

La question du traitement du charançon rouge qui maltraite les nombreux palmiers hyérois est pour le moins sensible. Le mois dernier, la Ville a annoncé son intention de passer à la vitesse supérieure pour endiguer la propagation (Var-matin du 22 juillet). Pour cela, elle a négocié avec Syngenta un prix pour le traitement des palmiers plus compétitif que précédemment, soit 60 € HT par sujet (72 € TTC). Cette société suisse commercialise le Revive considéré actuellement comme le produit le plus efficace sur le marché.

Soll Sanchez souhaite pousser la réflexion plus loin que les traitements annoncés par la Ville. S. M.

TRAITEMENTS DE MARS À NOVEMBRE 2017

Le tarif revu et corrigé est valable pour la collectivité comme pour les particuliers. La campagne de traitement des palmiers par endothérapie qui doit porter sur l’ensemble des palmiers de type Phœnix Canariensis, pourra débuter à partir du 1er mars 2017. Inscrite dans une démarche de sensibilisation auprès des particuliers, elle sera en mesure de leur fournir à partir de janvier prochain la liste des applicateurs agréés afin que la campagne de traitement autorisé de mars à mi-novembre 2017 puisse se dérouler. Une réunion d’information auprès des CIL aura lieu lors du dernier trimestre 2016.

Lors du point presse organisé en juillet pour présenter son modus operandi, la Ville avait associé Guy Hily, en qualité de président de l’association des CIL du littoral. Pas en tant que président du Collectif méditerranéen pour la sauvegarde des palmiers. Etonné par cet oubli, Soll Sanchez, le référent de l’association nommé en début d’année, souhaite apporter son écot à la réflexion menée par la Ville. Il y a trois semaines, il a adressé une lettre ouverte au député-maire dont il livre ici la substantifique moelle.

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Beauveria : produit miracle ou poudre aux yeux ?

Pour mener des luttes collectives massives, généralisées et simultanées sur l’ensemble du littoral méditerranéen, qui sont seules capables de permettre de lutter contre le charançon rouge (CRP) et de sauver les palmiers, nous avons besoin de produits insecticides efficaces et respectueux de l’environnement. Nous l’avons déjà écrit plusieurs fois.
De telles luttes collectives ont été organisées dans le Var par la Cavem à l’initiative de Propalmes83, et dans plusieurs communes des Alpes-Maritimes à l’initiative de la Ville de Vence et de l’association Les Palmiers du Pays Vençois. Dans les deux cas ce sont des responsables politiques en charge de l’Environnement, convaincus de la nécessité d’aller vers le « zéro phyto chimique » qui ont accepté des traitements par injection d’un insecticide chimique dans le stipe du palmier car susceptible de donner les meilleurs résultats et un impact acceptable pour l’environnement.
Le service Environnement de la Cavem a pu constater fin décembre 2017 un taux d’échec inférieur à 1,5% sur 2701 palmiers traités par injection et suivis depuis juin 2016 !
Les propriétaires de palmiers sont, bien entendu, les premiers demandeurs d’un traitement insecticide biologique équivalent qui soit respectueux de l’environnement, en particulier envers les abeilles, au moins aussi efficace et dont le coût d’application serait le plus bas possible. Mais ils n’acceptent pas qu’on leur raconte n’importe quoi à propos d’insecticides biologiques présentés comme solution miracle par les sociétés qui les commercialisent et par des politiciens qui, en raison de leur dogmatisme contre les produits chimiques de synthèse sont responsables d’une catastrophe environnementale et patrimoniale qui aurait pu être évitée.

Le Beauveria bassiana : champignon miracle pour sauver les palmiers ?
Le manque de connaissances dans le domaine du traitement contre le CRP de certains services communaux et de certains décideurs politiques qui refusent le débat scientifique, les rendent vulnérables à tous les discours mercantiles de professionnels qui voient avant tout dans cette catastrophe un moyen de faire du business que ce soit avec le Beauveria bassiana (Bb), ou le piégeage massif qui ne permettront pas de faire régresser la population de CRP mais pomperont inutilement les finances locales.
Un insecticide, qu’il soit d’origine biologique ou chimique, reste un insecticide ! Il est sélectionné pour son mode d’action, sa capacité à tuer des insectes cibles, son mode d’application et le degré de risques qu’il peut présenter pour les humains (personnes présentes ou professionnels applicateurs), pour les insectes non ciblés et en particulier les pollinisateurs dont les abeilles, pour l’environnement (milieux, faune et flore).
Or pour nous faire croire qu’on aurait enfin trouvé le produit miracle et pour justifier l’incurie de la Ville de Nice dans la protection de ses palmiers Phoenix canariensis patrimoniaux (que nous avons déjà dénoncée à plusieurs reprises) nous assistons à un battage médiatique de la part des sociétés Arysta/Vegetech et de la Ville de Nice, à grands renforts de communications et de démonstrations sur un traitement à base de Beauveria bassiana depuis l’autorisation de mise sur le marché (AMM 2180058) délivrée par l’Anses le 9 mars 2018 pour le produit ARY-0711B-01 de la société Arysta Lifescience. Il s’agit d’une formulation en micro-granulés de la souche NPP111B005 du Beauveria bassiana.
Pour bien saisir le problème posé par cette annonce tonitruante, il est nécessaire de comprendre le mode d’action du Beauveria bassiana et comment il doit être appliqué pour être efficace.
Le Beauveria bassiana, son mode d’action et comment l’appliquer :
Le Beauveria bassiana est un champignon entomopathogène filamenteux que l’on trouve dans les sols et qui parasite un grand nombre d’espèces d’insectes volants. Vous l’avez probablement déjà rencontré dans votre jardin ou en balade dans la nature. Le cadavre d’un insecte couvert de moisissure blanche : c’est lui ! La moisissure blanche c’est la muscardine ! Les spores (les scientifiques les appellent des conidies) se fixent et germent sur la cuticule et le champignon sous forme de mycélium pénètre dans le corps des insectes qu’il tue en quelques jours ou quelques semaines. La muscardine blanche se développe sur le corps de l’insecte mort et produit de nouvelles spores qui peuvent alors infecter d’autres insectes par contact. Le Beauveria bassiana peut être également efficace sur des larves ou des chenilles à condition bien sûr que ses spores puissent les atteindre. Ce champignon est étudié et utilisé depuis de très nombreuses années comme organisme de lutte biologique contre divers ravageurs, en particulier des papillons.
L’effet pathogène du Beauveria contre le CRP a été découvert il y a plus de 20 ans.
Au cours du temps, de nombreuses souches distinctes du champignon sont apparues ; elles parasitent de manière plus ou moins spécifique certains insectes. Les laboratoires isolent des souches à partir d’insectes parasités. En France, ils peuvent protéger leur découverte en les déposant à la Collection nationale des cultures de micro-organismes (CNCM) de l’Institut Pasteur. La souche NPP111B005 y est enregistrée par la société Natural Plant Protection (NPP) du groupe Arysta. La société Vegetch nous dit travailler en collaboration avec NPP sur son application contre les ravageurs de palmiers depuis 2005.
Le mode d’action de ce champignon nous permet de comprendre que pour être efficace, les spores doivent rentrer en contact avec les insectes. Concernant le CRP, il est donc indispensable que le produit contenant les spores de Bb atteignent les bases des palmes centrales qui constituent la zone de ponte des femelles de CRP sur les palmiers de plus de 2 à 3 mètres de hauteur. Pour les palmiers plus petits, l’infestation démarre en général à la base des restes de pétioles sur le tronc. Dans ce cas, il est assez facile d’appliquer efficacement le traitement mais, par contre, pour les palmiers plus hauts, l’application devient beaucoup plus problématique et même si le traitement est effectué avec une nacelle ou une perche suffisamment longue*, ce n’est pas avec la dose maximale autorisée de 300g de micro granulés par palmier que l’on peut espérer atteindre et protéger efficacement l’ensemble des sites de ponte!
*Il est à noter que dans l’état actuel de la législation, en dehors d’une expérimentation d’ailleurs très problématique, actuellement autorisée par l’Anses, l’épandage aérien, y compris par drone, de produits phytosanitaires dont font partie les micro-organismes comme le Bb, est strictement interdit en Europe et en France à moins de 50m d’habitations, de jardins ou de lieux accueillant du public. De manière générale, l’épandage aérien est interdit sauf dérogation exceptionnelle pour lutter contre des ravageurs de culture quand aucune autre solution n’existe.

Le Beauveria bassiana : innocuité pour l’environnement ?
Bien que le risque pour l’homme soit considéré comme faible, il est à l’origine de kératites et d’infections pulmonaires chez certaines personnes immunodéprimés. L’Anses (AMM 2180058) oblige les professionnels applicateurs à porter des protections respiratoires certifiées, gants et combinaisons de travail et impose un délai de rentrée de 6h (en milieu urbain, le site doit donc être fermé pendant 6h après application du produit).
Pour la faune : L’Anses (AMM 2180058) demande de respecter une zone de 5m par rapport aux points d’eau et de récupérer tout produit accidentellement répandu (à l’aspirateur sur les pelouses ?) pour protéger les oiseaux et les mammifères sauvages (curieusement les chats et les chiens domestiques ne sont pas mentionnés. Ils sont pourtant tout autant concernés !).
En ce qui concerne les abeilles :
– Arysta nous dit (communiqué de presse du 19 mars 2018) que son produit n’a pas d’impact sur les abeilles.
– L’ Anses (AMM 2180058) autorise l’emploi durant la floraison en dehors de la présence des abeilles.
– L’évaluation des pairs de l’EFSA ( l’Autorité européenne pour la sécurité des aliments) publiée le 29 octobre 2015, concernant les risques liés à l’utilisation de la souche NPP111B005 du Beauveria bassiana en tant que pesticide, mentionne page 12 que la mortalité d’abeilles exposées à certaines souches de Beauveria bassiana y compris la souche NPP111B005 a été observée et conclut qu’il existe un risque important pour les abeilles adultes.
Au stade actuel des connaissances, prétendre que la souche NPP111B005 serait spécifique du CRP et ne serait donc pas pathogène vis-à-vis des autres insectes (c’est déjà faux pour les abeilles comme l’indique l’EFSA) relève de la propagande mensongère !
Par ailleurs on voit mal comment le saupoudrage d’un palmier en fleurs, à supposer même qu’il ait lieu en l’absence d’abeilles pourrait les épargner quand elles viendront butiner juste après le traitement. L’Anses affirme néanmoins que le risque sur les abeilles est acceptable en raison de la faible dose d’application du produit. Il est pour le moins contradictoire que l’Anses juge cette dose sans risque contre les abeilles mais suffisamment efficace contre le CRP pour délivrer une AMM ! Il est très surprenant et inquiétant que ni l’agrément de la Commission européenne santé (Sanco) ni l’évaluation de l’Anses, ni les conditions de l’AMM ne tiennent compte du risque mentionné aussi clairement par l’EFSA ?
Au fait, si l’accès à la zone traitée doit être interdit pendant 6 heures et si le traitement doit être réalisé en dehors de la période de butinage des abeilles, les entreprises de traitement risquent devoir intervenir à des heures impossibles et dans des conditions de nuit qui vont encore réduire le ciblage d’un poudrage dont l’efficacité dans de bonnes conditions d’application est déjà très douteuse.
Nous sommes quand même très étonnés qu’avec autant d’exigences de précautions, pour les personnes, pour les abeilles et pour l’environnement, la classification du produit soit « Sans classement » vous comprenez ? Nous pas du tout ! mais ce n’est pas tout…

Le Beauveria bassiana : quelle efficacité pour protéger les palmiers contre le CRP ?
Arysta nous dit (communiqué de presse du 19 mars 2018** ) : « .. Appliqué à sec, il est parfaitement adapté en toute situation et en toutes saisons où son efficacité reste maximale et proche de 90%. »
L’ Anses (AMM 2180058) indique : « Efficacité du produit variable et partielle ».
Bon là l’Anses n’est vraiment pas claire ! Aurait-elle donné une autorisation de mise sur le marché à un produit dont l’efficacité ne serait pas prouvée scientifiquement, uniquement parce qu’il serait biologique? Visiblement l’Agence accrédite cette thèse puisqu’elle demande à Arysta de lui fournir de nouvelles données d’efficacité du produit pour la lutte contre le CRP avant le 9 mars 2020 ! Notons que depuis 2010, date à laquelle Vegetech a commencé à tester la souche NPP111B005, cette société n’a pas été capable de fournir de résultats d’efficacité autres que ceux qui conduisent l’Anses a considérer, aujourd’hui, cette efficacité « variable et partielle » et à demander de nouveaux résultats dans deux ans.
Visiblement aujourd’hui le bio fait aussi avaler des couleuvres, à moins que le champignon ait en plus des vertus hallucinogènes !
Cerise sur le gâteau : il faudra traiter à distance de 21 jours minimun pendant la période de vol du charançon et jusqu’à 7 applications par an ! Il est clair que, même si ce traitement était efficace, ce qui n’est vraiment pas prouvé, ce ne sera pas une solution économique pour faire traiter vos palmiers dans des conditions acceptables pour la majorité des propriétaires et que cela exclut son utilisation dans le cadre d’une lutte collective. Or la lutte collective constitue la seule solution pour sauver durablement les palmiers.
Surprenant que la société Arysta qui fait des expérimentations sur le terrain avec la société Vegetech depuis 2010 (réf. Phytoma n°655) ne soit pas en mesure de fournir en 2018 des résultats probants ! Ca fait pourtant un sacré moment qu’on en parle dans les médias : dans sa revue Rhynch’info du 6 février 2012, le réseau des FREDONs fait déjà état de la présentation orale faite par N.P.P. et Vegetech à la 9éme Conférence internationale sur les ravageurs en agriculture (CIRA); dans Nice-matin le 28 mars 2012 : un champignon à la rescousse des palmiers azuréens et niçois ; dans 20 Minutes le 4 avril 2012 : Le champignon à la rescousse des palmiers, dans Agriculture et environnement le 17 juin 2013 : Charançon rouge des palmiers : l’impasse des solutions alternatives et les déclarations se sont succédé depuis !
** Arysta dans son communiqué de presse affirme que son produit Beauveria est le seul-bio-insecticide homologué et efficace contre le CRP, ce qui est faux puisque, aujourd’hui encore, le seul insecticide biologique légalement autorisé par l’arrêté du 21 juillet 2010 modifié est un traitement bio à base du nématode Steinernema carpocapsae.

Le constat sur le terrain à Nice : les palmiers de parc du Castel des deux rois et du parc Vigier sacrifiés !
Mais en matière de miracle nous on est comme Saint-Thomas, on veut avoir des preuves pour y croire ! Depuis les expérimentations menées à partir de 2013, elles ne devraient pas manquer ! Où sont-elles? Ce que nous constatons sur le terrain, sur les lieux d’expérimentation à Nice, est très loin de cette situation « marketing » idyllique à laquelle on voudrait nous faire croire. Des preuves photographiques sur le terrain nous en avons accumulées grâce aussi à nos correspondants à Nice ! Le parc du Castel des deux rois à Nice était le premier lieu retenu pour les expérimentations suivant la réponse de Christian Estrosi au président du CMSP en date du 8 décembre 2015.

situation du parc du Castel des deux rois à Nice au 31 décembre 2016
situation du parc du Castel des deux rois à Nice au 27 janvier 2018

Nous avions déjà publié un suivi photographique et documenté de la situation fin décembre 2016 (document170102-parc-castel-des-deux-rois.pdf). En janvier 2018, soit tout juste un an après, la situation de ce parc s’est considérablement dégradée comme nous l’avions hélas annoncé. La plupart des palmiers Phoenix canariensis sont soit coupés soit infestés plus ou moins gravement, très peu sont encore asymptomatiques. La comparaison des états, au 31 décembre 2016 et au 27 janvier 2018, permet de se faire une idée précise de la dégradation irréversible. Nous avions d’ailleurs fait la déclaration au SRAL fin 2017 de cette triste situation et du danger que présentaient certains palmiers manifestement très infestés et dont les palmes menaçaient de tomber sur les enfants qui jouaient au ballon dans le parc.

Palmiers infestés parc du Castel des deux rois fin janvier 2018
Palmiers infestés parc du Castel des deux rois fin janvier 2018

Les expérimentations au Parc Vigier ont fait l’objet de communications dans différents médias dont Nice Matin du 31 juillet 2017 (Un drone pour sauver les palmiers du charançon), Le Figaro le 2 août 2017 (A Nice, un drone pour sauver les palmiers). En novembre 2017, 400 riverains et visiteurs du Parc Vigier ont signé une pétition auprès de la Ville de Nice compte tenu de la situation encore plus catastrophique des palmiers historiques du Parc Vigier. Deux photos décrivent parfaitement la situation : celle issue de Google street view en septembre 2016 et celle prise par le responsable de la pétition en date du 16 novembre 2017. On constate que dans ce parc historique où le vicomte Vigier a « acclimaté » les premiers palmiers Phoenix canariensis importés en France vers 1860, la plupart de ces palmiers plus que centenaires sont aujourd’hui coupés ou « totemisés », ces derniers sans guère d’espoir de reprise car le protocole d’assainissement adopté était erroné. C’est une perte patrimoniale considérable pour la Ville de Nice ! C’est vraiment surprenant que la société Vegetech ait reçu de l’Anses une autorisation d’expérimentation en juillet 2017 sur des palmiers que la mairie avait l’obligation légale d’assainir ou d’abattre depuis le mois de mars 2017.

situation du parc du Parc Vigier à Nice en septembre 2016
situation du parc du parc Vigier à Nice en novembre 2017

Nice s’enferme dans une position dogmatique sans issue !
Le jeudi 26 avril 2018 une réunion était organisée par la Ville de Nice à laquelle elle avait conviée la presse locale pour une présentation de sa stratégie de traitement avec le Beauveria bassiana ARY-0711B-01 de la société Arysta. Différents médias se sont faits l’écho de cette manifestation :
Un article de l’AFP de Franck Fife dans Sciences et Avenir du 26 avril : Une « solution 100% naturelle » pour sauver les palmiers niçois ?
Un article de Yann Delannoë dans Nice matin du 26 avril : « Nice déclare la guerre au charançon rouge avec une méthode 100% naturelle »
extraits : « Le Beauveria sera administré en « cure de choc » quatre fois par an, précise Jean-Michel Meuriot, expert botaniste à la mairie de Nice. Les nématodes, des vers microbiologiques qui infectent eux aussi les charançons, complètent le dispositif. »
« À Nice, première commune de France à utiliser cette méthode biologique, les travaux d’expérimentation ont eu lieu au parc Vigier et au Castel des Deux Rois. « Oui, il y a eu des pertes, pour pouvoir quantifier les choses et affiner le traitement, il faut accepter de perdre des palmiers », dit encore la scientifique. »
Plus qu’un beau discours cette phrase en dit long sur l’incompétence de la Ville à préserver son patrimoine végétal emblématique ; pour « la » scientifique et pour Jean-Michel Meuriot botaniste de la Ville de Nice, avouer qu’on a sacrifié des palmiers centenaires d’un parc historique juste pour mettre « au point » un traitement c’est tout simplement scandaleux ! et d’autant plus grave que cela conduisait, comme le montrent les photos prises, à mettre en danger la sécurité des personnes, en particulier, des enfants fréquentant ces parcs.
Notons que la Municipalité d’Hyères qui, comme la commune de Nice avait passé une convention avec les sociétés NPP/Vegetch pour des expérimentations du Beauveria pour traiter ses palmiers, a décidé en juillet 2016, compte tenu « de son expérience » de passer un accord avec la société Syngenta pour faire traiter 1000 palmiers communaux par injection d’insecticide chimique (Revive) dans le stipe du palmier et faire bénéficier ses administrés ainsi que la Communauté d’agglomération TPM du prix de 72€ttc /palmier/an qui avait déjà été obtenu par la Cavem.
Le manque total de transparence sur les expérimentations scientifiques menées avec le Beauveria bassiana et les conditions de cette AMM 2180058 délivrée par l’Anses pour l’utilisation de la souche NPP111B005 contre le CRP vont finir par jeter la confusion dans l’esprit des propriétaires de palmiers et décrédibiliser les traitements biologiques dont on aurait pourtant bien besoin ne serait-ce que pour traiter les petits palmiers ou des foyers résiduels ou isolés !
Daniel Chabernaud – Michel Ferry

PARTICULIERS, VOUS DEVEZ TRAITER VOS PALMIERS POUR GAGNER LE COMBAT CONTRE LE CHARANÇON ROUGE – VAR-MATIN

En dix ans, l’insecte a ravagé près de la moitié des Phœnix de Hyères. Depuis 2015, le traitement par endothérapie est jugé satisfaisant. Les particuliers doivent aussi s’engager dans la lutte
 

PAR P. POLETTO Mis à jour le 13/02/2018 à 18:38 Publié le 12/02/2018 à 17:15

En 2017, sur 58 palmiers Phœnix diagnostiqués, 15 ont pu être assainis.

 En 2017, sur 58 palmiers Phœnix diagnostiqués, 15 ont pu être assainis. Photo Laurent Martinat
Le combat n’est pas gagné. Mais les troupes de charançons rouges répandent de moins en moins « leur venin » sur les palmiers Phœnix de la cité – la bien nommée – des palmiers. Face à la contamination massive de cette espèce de plantes emblématiques – entre 2007 et 2017, 2142 Phœnix ont été diagnostiqués et 1 305 abattus -, la commune a opté, en 2015, pour la « stratégie de lutte n° 3 ».

C’est-à-dire l’application d’un produit chimique (emamectine benzoate) directement dans le stipe du palmier.
 

 

1.305 PALMIERS ONT ÉTÉ ABATTUS

À l’abord de la troisième campagne de traitement de lutte contre les larves de ce gros coléoptère (environ 3 cm de long) et ravageur de palmiers dattiers, les résultats sont considérés comme « satisfaisants » par Jean-Pierre Giran, le maire, et Élie Di Russo, adjoint à l’Agriculture et aux Espaces verts.

Ce n’est certes pas un cri de victoire. Les dommages ont été considérables ces dernières années. Il reste à ce jour 1 281 Phœnix communaux et 1 305 ont disparu du paysage. A titre d’exemple, en 2014, sur 413 palmiers diagnostiqués, 249 ont été abattus.

Depuis le lancement du traitement en injection – 420 déjà traités -, la stratégie a permis d’endiguer la dévastation. La FREDON (1), un organisme indépendant, doit d’ailleurs procéder à une évaluation à ce sujet.

 

« LES PRIVÉS DOIVENT S’IMPLIQUER »

Mais pour le premier magistrat, après le traitement des palmiers communaux, le temps est venu aux particuliers de s’engager pour la protection de leurs palmiers. Que le Phœnix, s’il ne renaît pas de ses cendres, puisse ne pas disparaître.

« Pour couvrir le maximum de territoire, les privés doivent également s’impliquer. Nous sommes parvenus à obtenir des prix plus qu’acceptables (voir ci-dessous). Il faut coordonner le public et le privé », ajoute-t-il.

 Et Élie Di Russo de préciser que « le traitement s’effectue à l’intérieur du palmier sans aucun contact avec l’extérieur » et que de nouveaux Phœnix ne seront pas implantés. La ville continue à diversifier les espèces.

1. Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles. 

 

PARTICULIERS: TRAITEMENT PRÉVENTIF OBLIGATOIRE PAR DES SOCIÉTÉS AGRÉÉES

La larve du charançon, un nuisible. La larve du charançon, un nuisible. Photo doc VM
Pour que la lutte engagée par les services de la ville d’Hyères soit efficace à long terme, il faut que les tiers – particuliers et organismes – s’engagent dans le même combat.« Si c’est pour éradiquer un foyer et que le charançon se propage ailleurs, chez les privés, cela peut réduire les efforts à néant », commentent les élus hyérois.Vous êtes donc propriétaires d’un ou plusieurs palmiers Phœnix, voilà ce qu’elle faut savoir:Etre informé. Afin d’inciter les Hyérois à traiter leurs palmiers, un plan de communication a été engagé auprès des comités d’intérêts locaux, sur le site Internet et le magazine de la ville. Des flyers ont été distribués et une action permanente d’auto-diagnostic est menée en collaboration avec le service Agriculture/Espaces verts et son référent Jean-Philippe Ferraro.Palmier contaminé: quelles obligations? L’arrêté du 21 juillet 2010 rend obligatoire l’assainissement ou l’abattage d’un palmier contaminé par le charançon rouge. Il existe alors un protocole en matière d’assainissement (application de traitement préventif) et d’abattage par une personne formée (selon également un protocole préétabli).Déclaration de foyers obligatoire. Les déclarations doivent être réalisées auprès de la direction régionale de l’Agriculture et des forêts (antenne d’Hyères au lycée agricole) ou au service Agriculture/Espaces verts en mairie (au 04.94.00.78.65)Trouver une société agréée. L’arrêté ministériel du 21 juillet 2010 impose une obligation de traiter les palmiers. Il faut préciser que la commune a signé en mars 2017 une convention avec la société Syngenta, détentrice du brevet de traitement par endothérapie (à base d’emamectine benzoate) à des prix plus avantageux que par le passé. Les listes des entreprises agréées sont disponibles sur le site www.hyeres.fr, par téléphone au 04.90.00.78.65 ou auprès de la DRAAF (draaf.pace.agriculture.gouv.fr).Quand traiter? Le traitement peut s’effectuer durant la période qui s’étend du 1er mars au 15 novembre.LE CHIFFRE:72. C’est le montant TTC en euros du prix du traitement préventif d’un palmier pour les particuliers (méthode par une substance active (emamectine benzoate) dans la tige du palmier.Ce tarif a été négocié en 2017 par la commune avec la société Syngenta. Le prix initial était de 222€ TTC à l’unité.
Il est obligatoire d’assainir ou d’abattre le palmier pour éviter la prolifération de l’insecte.Il est obligatoire d’assainir ou d’abattre le palmier pour éviter la prolifération de l’insecte. Photo Laurent Martinat

« IL FAUT ÉTABLIR UNE CARTOGRAPHIE DES PALMIERS » À HYÈRES – VAR-MATIN

Soll Sanchez, le référent du Collectif méditerranéen pour la sauvegarde des palmiers, a adressé une lettre ouverte au maire

La question du traitement du charançon rouge qui maltraite les nombreux palmiers hyérois est pour le moins sensible. Le mois dernier, la Ville a annoncé son intention de passer à la vitesse supérieure pour endiguer la propagation (Var-matin du 22 juillet). Pour cela, elle a négocié avec Syngenta un prix pour le traitement des palmiers plus compétitif que précédemment, soit 60 € HT par sujet (72 € TTC). Cette société suisse commercialise le Revive considéré actuellement comme le produit le plus efficace sur le marché.

Soll Sanchez souhaite pousser la réflexion plus loin que les traitements annoncés par la Ville. S. M.

TRAITEMENTS DE MARS À NOVEMBRE 2017

Le tarif revu et corrigé est valable pour la collectivité comme pour les particuliers. La campagne de traitement des palmiers par endothérapie qui doit porter sur l’ensemble des palmiers de type Phœnix Canariensis, pourra débuter à partir du 1er mars 2017. Inscrite dans une démarche de sensibilisation auprès des particuliers, elle sera en mesure de leur fournir à partir de janvier prochain la liste des applicateurs agréés afin que la campagne de traitement autorisé de mars à mi-novembre 2017 puisse se dérouler. Une réunion d’information auprès des CIL aura lieu lors du dernier trimestre 2016.

Lors du point presse organisé en juillet pour présenter son modus operandi, la Ville avait associé Guy Hily, en qualité de président de l’association des CIL du littoral. Pas en tant que président du Collectif méditerranéen pour la sauvegarde des palmiers. Etonné par cet oubli, Soll Sanchez, le référent de l’association nommé en début d’année, souhaite apporter son écot à la réflexion menée par la Ville. Il y a trois semaines, il a adressé une lettre ouverte au député-maire dont il livre ici la substantifique moelle.

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